L’animal n’est pas mon sujet. Il est mon miroir.
Ce thème il est la première strate de cette quête qui traverse tout mon travail ; retrouver sous l’effacement des apparences, la sagesse instinctive que l’humain a perdu. « L’animalité » est devenu une langue, celle de nos instincts enfouis sous les conventions. On m’a dite « artiste animalière ». J’ai refusé l’enfermement. L’animal n’est pas une spécialité . Il reflète la sagesse instinctive que l’homme a perdu.
Dans ces séries je capture le dialogue entre l’individu et sa nature sauvage. Chaque animal est un état d’âme que ce soit la nonchalance d’un félin allongé, la soif tendue vers l’abreuvoir, la servilité de l’âne ou l’arrogance d’un Pacha.
L’action poudrée du pastel y épouse la matière même du pelage, du plumage ou des écailles comme si la peau de l’oeuvre prolongeait celle de l’être.
L’animal en majesté souveraine. Des oeuvres qui jouent sur la frontière entre mythe humain et instinct animal capturant l’espace d’un no man’s land de crainte et de curiosité, sans jamais se départir de ses vibrations.
Le pastel y tournoie, libère son énergie
L’animal nous raconte, en miroir, nos propres comportements.
Chaque bête de cette série est un état humain déguisé : la soumission, la garde, l’attente, la réversibilité du doux et du féroce. Des fables sans morale, où chacun reconnaît son propre comportement dans un pelage. Le pastel, poudre fragile et vivante, y épouse la matière des peaux et des plumages. La surface du tableau semble prolonger celle de l’être.
Tout entier tendu vers l’instant d’après et pourtant tout est dans l’instant présent
L’animal ne diffère rien, ne remet rien au lendemain : il boit quand il a soif, agit quand c’est l’heure. Ces œuvres saisissent cette présence au monde, cette justesse sans calcul, dans l’instant même où elle s’établit. Le pastel, posé vite et sûr, garde la trace du geste : l’œuvre est peinte au tempo de ce qu’elle montre.
Là où la bête et son monde ne font qu’un.
Un animal n’existe pas sans son lieu : le sol, l’eau, l’horizon font partie de sa peau. La vision taoïste ne sépare pas l’être de son environnement, l’humain lui-même est formé par la vertu du Ciel et de la Terre, et l’animal plus encore : il est le paysage qui s’est incarné. Le pastel y est frotté, estompé, fondu jusqu’à ce que l’animal et son territoire ne fassent qu’une seule poudre.
Tout naît, décline, s’efface et renaît dans un autre
C’est par la métamorphose des saisons que danse le mouvement.
Comme le jour qui cède la place à la nuit, chaque élément naît, grandit, décline, s’efface et renaît dans un autre.
Ces séries suivent ce cycle. Jardins en pleine exubérance, soleils finissants, orages au loin, estuaires où l’eau douce épouse le sel….. ici le paysage n’est pas un motif pittoresque mais un organisme soumis aux mêmes souffles que l’Homme. Les couleurs y sont des saisons-mouvements ; les textures, des états d’être.
Peindre ces métamorphoses c’est accepter qu’aucune forme ne dure et c’est précisément dans cette impermanence que réside la beauté. Le pastel s’y prête mieux que tout autre, la poudre est déjà promesse d’effacement.
Le printemps entame le cycle du vivant. Il n’est pas une saison mais un souffle qui saisit l’instant précis où le vert naît. Cette couleur n’est jamais la même deux jours de suite. L’éphémère pastel y excelle dans son extrême fragilité, sa poudre semble prête à s’envoler comme le pollen et les brumes qu’il représente.
L’été n’est jamais fini tant qu’une fleur s’ouvre. Il célèbre l’exubérance végétale. Et pourtant sa dissolution est programmée car la fleur à son zénith porte déjà sa fin. La poudre du pastel est alors pollen
Les paysages d’eau se rencontrent. Deux eaux douce et salée qui ne se combattent mais s’accordent. c’est la métaphore du yin et du yang. L’eau s’écoule par l’action du yang
La peur comme spectacle. Il y a un paradoxe. La pluie peut inquiéter comme elle peut réjouir. La tension est diffuse, les lumières contrastent, le yin et le yang entrent en conflit
Le cycle s’achève, une métamorphose voit le jour. C’est un passage. L’eau emporte, l’ombre avance, la forme se dissout, et pourtant tout ce qui disparaît nourrit ce qui va émerger. Le pastel est poussé à sa limite, effacé, frotté, reconstruit, il épouse la dissolutioni qu’il représent
« L’intime » pour thème c’est le jardin secret des draps, des plis et des silences. J’y cherche son lien avec une vie entière ; ce que l’on y entrevoit, nos perceptions conscientes et inconscientes. Mon pastel y devient presque une peau.
Chacune de ces séries raconte un moment où le monde s’efface et où ne demeurent que la matière et le souffle. Les froissements d’un drap sont la mémoire d’un corps absent, l’oreiller, celui des rêves, le fauteuil, celui de l’attente.
L’intime n’est donc pas un décor, c’est un état. Le lit, l’oreiller, le canapé du dimanche, la bergère dorée : ces objets tiennent lieu de confidents. Ils absorbent les larmes, les siestes, les amours, les insomnies. c’est rendre leur dignité aux zones d’ombre de nos vies.
Ce que l’étoffe sait de nous, et que nous taisons.
Un lit défait est un aveu : le pli retient la mémoire d’un corps, l’étoffe celle des rêves. La médecine chinoise lit dans le sommeil le retour du shen à son logis, l’esprit qui se recueille chaque nuit dans la matière. Toute la série peint ce recueil : ce que le monde ne voit pas, et que l’étoffe, elle, ne sait pas oublier. Le pastel y devient presque une peau : la poudre du drapé a la douceur exacte du lin froissé.
Le droit à la pause, célébré comme une résistance.
Dans le cycle des Cinq mouvements, toute énergie a son temps de plein et son temps de retrait : le yang qui ne se repose jamais s’épuise et se détruit. Cette série défend ce temps yin, le repos, le retrait, la pause, non comme paresse, mais comme retour au rythme juste de la vie. Une peinture lente pour un temps arrêté : le pastel y est posé en couches fines et suspendues, comme une lumière qui ne décide pas à tomber.
Les lieux qui attendent quelqu’un.
Ces tableaux peignent des lieux habités par l’absence : des objets qui gardent la forme des corps, des espaces qui n’appartiennent à aucune pièce. Le taoïsme y reconnaît son principe premier : le vide n’est pas un manque, c’est lui qui donne à la forme son usage. Un siège n’est pas fait de bois, mais de la place qu’il ménage à celui qui viendra. L’effacement y travaille la poudre : les bords se fondent, les formes flottent à la limite du visible déjà présences, déjà souvenirs.
Les Cinq éléments se manifestent au quotidien via un engendrement de transformations entre la matière YIN et l’énergie YANG. Leur dimension artistique navigue entre ombre et lumière, une exploration du clair-obscur par le vide et le plein. Tout est recherche d’équilibre, de relativité. Aucun des deux principes n’est stable, aucune de leur qualité n’est absolue ou immuable.
Le vide est considéré comme principe de vie, indissociable de la forme. Ainsi on façonne de l’argile pour en faire des vases, mais c’est du vide interne que dépend leur usage.
L’évolution des choses est ainsi, sans réel commencement ni fin. Le yang peut devenir yin et le yin peut devenir yang. Tout ce qui est n’est que manifestation des souffles-mouvements.
C’est du vide que dépend l’usage.
Des objets du quotidien, posés au centre d’un espace qui compte autant qu’eux. Ces natures mortes traduisent la leçon taoïste : le vide est principe de vie, indissociable de la forme. Le plein y est la moitié du tableau, le vide en est l’autre et le pastel, par sa texture est le seul médium qui peint en laissant au vide sa place.
Rien ne dure sous la même forme.
Les Cinq éléments : Feu, Terre, Métal, Eau, Bois s’engendrent et se maîtrisent dans une ronde sans commencement ni fin : tout ce qui est n’est que manifestation des souffles-mouvements. Cette série saisit le cycle en acte : l’instant précis où une chose devient une autre, où le yang se change en yin. Le pastel s’y efface autant qu’il s’ajoute : la gomme et l’estompe y peignent autant que le bâton, parce qu’une métamorphose est aussi faite de retraits.
L’identité pour thème, c’est l’Homme formé par la vertu du Ciel et de la Terre, par la rencontre du yin et yang, par la réunion des esprits inférieurs (gui) et des esprits supérieurs (shen). Chaque personne porte en elle une combinaison unique de cinq énergies. L’identité est la carte intime de l’âme humaine, miroir des tempéraments, clé de voûte des forces et des fragilités
Derrière chaque visage, il y a donc plus qu’un visage : une histoire qui a commencé avant lui, des forces qui le traversent sans lui demander son avis, des attachements qui l’ont façonné à son insu, et un chemin qu’il parcourt toute sa vie sans jamais le terminer.
C’est ce « plus » que ces séries veulent peindre. Le portrait classique fige une apparence ; ici, au contraire, rien ne se fige. Mes modèles ne sont pas des individus à copier mais des présences à comprendre, des fêlures mais aussi des ressources. Ce sont plusieurs manières d’approcher une même énigme. D’abord la demeure : ce lieu qu’est un corps, et ce qui y entre, y demeure, y circule. Puis les natures : car chacun naît avec une matière première qui le pousse, ardente, tendre, dépouillée ou changeante. Puis les deux faces : ce qu’un être porte d’obscurité et de clarté, et qui refuse de choisir entre les deux. Puis les autres : car personne ne se fabrique seul, et que ceux qui nous ont tenus la main nous ont aussi donné notre forme. Enfin le voyage : car devenir soi prend une vie entière, et se termine à peine recommencé.
Un corps n’est pas une enveloppe : c’est une demeure.
Pour la médecine chinoise, l’être n’est pas une mécanique mais un lieu d’accueil : les souffles y circulent, s’y rassemblent, s’y retirent. Lorsque l’habitacle est vide, c’est un non-être ; les mouvements cycliques de nos vies matérialisent le plein. Toute la série peint cette demeure traversée. La poudre du pastel, poussière suspendue entre présence et disparition, est la matière la plus proche d’un souffle qui passe.
Chaque visage est un tempérament.
Chaque personne porte en elle une combinaison unique des cinq énergies, qui façonnent sa personnalité : l’identité est cette carte intime, clé de voûte des forces et des fragilités de chacun. Ces portraits ne cherchent donc pas la ressemblance, mais la reconnaissance, une galerie de tempéraments plutôt que d’individus où chacun retrouve l’énergie qu’il a portée un jour. Le pastel y épouse chaque souffle : poussé à vif quand l’instinct brûle, à peine posé quand la lumière demande à respirer.
Nul n’est une énergie seule.
L’homme est formé par la rencontre du yin et du yang, par la réunion des esprits gui et shen mais jamais par lui seul. L’identité ne commence pas au visage : elle commence à l’attachement, aux liens qui nous traversent et nous composent. Ce que l’on noue autour de ceux qu’on aime demeure noué quand tout le reste s’efface. C’est au pastel, médium de l’éphémère, qu’il revient de le prouver : la poudre s’efface, mais ce qu’elle a peint ensemble demeure.
L’Héritage Vivant de l’Artiste des Origines
Au cœur de la Dordogne, la grotte de Lascaux est bien plus qu’un sanctuaire préhistorique : elle est le berceau d’une lignée invisible d’artistes, unis par un même élan créateur. L’homme de Cro-Magnon, dont les traces ont été découvertes aux Eyzies-de-Tayac, n’était pas seulement un chasseur ou un nomade. Il était avant tout un visionnaire, le premier à transformer l’ombre des grottes en une galerie d’art éternelle. Ses doigts, guidés par une intuition esthétique et une maîtrise technique surprenante, ont tracé sur la pierre les premiers chefs-d’œuvre de l’humanité.
Aujourd’hui, les artistes du XXIᵉ siècle rendent hommage à ce pionnier. Leurs œuvres, exposées au musée de Lascaux IV, dialoguent avec les fresques pariétales comme une conversation à travers les millénaires. Chaque trait, chaque couleur, chaque symbole moderne est une réinterprétation de ce langage universel initié il y a 18 000 ans. Le « Pisteur », fait figure emblématique et incarne cette filiation : sa peau, ornée de motifs inspirés de Lascaux et de Combarelle, porte les stigmates d’une mémoire collective. Ces « tatouages » ne sont pas de simples décorations, mais des marques d’appartenance à une histoire commune, où l’art est à la fois héritage et révolution.
Lascaux n’est pas un vestige figé dans le temps. C’est une œuvre vivante, un pont entre le passé et le présent, qui rappelle que la créativité est le fil rouge de l’humanité. Les artistes d’aujourd’hui, qu’ils peignent sur toile, sculptent la lumière ou explorent le numérique, sont les descendants spirituels de cet homme de Cro-Magnon. Ils perpétuent son geste fondateur : transformer le monde en une œuvre d’art, pour que chaque génération puisse, à son tour, y inscrire sa trace.
En 2018 la découverte de l’homme moderne à l’abri de Cro Magnon fête ses 150 ans. C’est pour cette occasion que cette série a été réalisée